P’tites bêtes mignonnes. Ou pas. Ou plus trop.

ATTENTION : l’article qui va suivre est long…

La Nouvelle-Zélande n’est pas forcément réputée pour ses animaux. Bien sûr, il y a beaucoup d’oiseaux, et pas des moindres : kiwis, kéas, manchots, etc. Mais point de vue mammifères, à part les phoques et les cétacés, y’a pas grand chose. Quand on compare aux ours et aux orignaux du Canada, aux kangourous et aux koalas d’Australie par exemple, la Nouvelle-Zélande n’a pas de peluche vivante mignonne qui frappe les esprits. (aparté : cela m’a valu en 2012 un collègue qui n’arrêtait pas de me dire, avant mon voyage : « Ah mais c’est super, tu vas voir des kangourous ! »…)

Je n’ai bien entendu vu aucun kangourou, mais des dauphins et des phoques, ce qui est déjà pas mal. Cette année encore, nous avons été gâtés pour les phoques. Depuis Wellington, nous nous sommes fait une virée au Cape Palliser afin d’aller voir une colonie de fur seals et, en particulier, les petits de cette année. Quand Jean, Beth et Nico m’ont dit qu’on allait voir des bébés phoques, moi j’imaginais déjà Bibifoc sur la banquise (et là, vous me remerciez d’avoir maintenant le générique en tête). Bon, déjà, pas de banquise dans le détroit de Cook, hein, que ce soit l’hiver ou l’été. Et ensuite, les bébés phoques du coin ne sont pas des blanchons : leur fourrure est marronnasse comme celle des parents. Mais ils ressemblent tout de même à des peluches toutes mignonnes donc ma déception n’en a pas vraiment été une. Nous avons pu nous approcher à quelques pas des jeunes qui jouaient, se familiarisaient avec l’eau dans les piscines laissées par la marée basse, tout ça sous l’oeil attentif des adultes qui nous ont parfois fait comprendre que nous étions un peu trop près.

Mais trêve de mignonnerie.

En fait, si on excepte les mammifères marins et quelques chauves-souris, il ne devrait y avoir absolument aucun mammifères en Nouvelle-Zélande. Avant l’arrivée de l’homme, cela faisait plusieurs millions d’année qu’il n’y en avait plus. Et puis voilà, l’homme est arrivé. Et ce con, il a apporté plein de bestioles dans ses bagages : veaux, vaches, cochons, bien sûr, mais aussi rats, lapins, hermine, furets, belettes, chèvres, hérissons, cerfs, possums entre autres. Certains ont été introduits par accident, d’autres pour la viande ou la fourrure, et d’autres encore pour lutter contre les premiers qui avaient proliféré au delà de tout contrôle.

Au final, tous ont proliféré au delà de tout contrôle.

Or, les oiseaux locaux, très nombreux en espèces et en nombre, avaient un peu perdu l’habitude d’avoir des prédateurs. Ils se sentaient à la maison partout, au sol comme dans les arbres. Certaines espèces n’ont d’ailleurs même pas la capacité de voler. Certaines espèces nichent exclusivement au sol. Et les mammifères introduits qu’ils soient carnivores, herbivores ou omnivores ont fait des dégâts. Les premiers se sont attaqués à la faune endémique, les seconds à la flore endémique et les derniers à tout. A tel point que des écosystèmes ont été complètement détruits, des forêts ont arrêté de se renouveler et des espèces ont disparu ou sont en voie de disparition. Devant ce fiasco écologique, les néo-zélandais ne baissent pas les bras et agissent. Cette action est visible dès que l’on se balade un peu. On trouve par exemple quasiment systématiquement à l’entrée des sentiers ce type de panneaux.

En gros, le premier et le troisième panneaux (identiques, histoire d’enfoncer le clou) indiquent qu’il faut faire attention : les bois sont truffés de boulettes d’appât empoisonné, mortel, qu’il faut en conséquence tenir les chiens en laisse et surveiller de près les jeunes enfants et que manger un animal du coin sur le barbec’ n’est définitivement pas une bonne idée.

Le second panneau présente la campagne de contention des nuisibles menée localement (ici, dans le Coromandel). En gros, à la fin de l’hiver, au moment où la nourriture est la plus rare pour tous les nuisibles, et juste avant que les oiseaux ne commencent leur période de reproduction, des hélicos balancent à travers tout le massif des appâts empoisonnés (tout le secteur est soigneusement quadrillé grâce au GPS). Ainsi, manque de nourriture oblige, cela maximise les chances que ces appâts soient consommés. Les cadavres des bestioles mortes empoisonnées restent empoisonnés pour les autres bestioles qui auraient la mauvaise idée de les manger à leur tour. Cela entraîne une baisse de la population des nuisibles à un moment clef de l’année : la ponte des oiseaux locaux dont les couvées sont ainsi nettement moins dévorées cette année-là, permettant un effet positif significatif sur la natalité.

En parallèle, il est très fréquent dans les zones gérées par le DOC de trouver des pièges, genre gros attrape souris. Ici, un exemple avec un hérisson plus trop en forme.

Outre les nuisibles animaux, la Nouvelle-Zémande souffre aussi de la diffusion de germes, graines et champignons à cause du tourisme notamment. Cela explique par exemple les contrôles sanitaires rigoureux à l’atterrissage et la désinfection des équipements qui s’ensuit parfois. Sur les sentiers aussi on peut voir des dispositifs particuliers. Dans le Coromandel encore, nous avons dû nous désinfecter les semelles afin de lutter contre la propagation d’une maladie touchant les Kauris, un conifère aussi impressionnant que les séquoias géants nord américain et dont les colons européens ont décimé les forêts.

Après cette longue introduction sur les problématiques environnementales, je me dois de faire une petite mise au point : globalement, je me considère comme plutôt copine avec les animaux, surtout quand ils sont sauvages. D’accord, je ne suis pas végétarienne, mais j’agis à mon échelle pour la sauvegarde des espèces : pensez au 10000 crapauds que j’ai sauvé en sacrifiant mes grasses matinées de printemps pendant 4 ans. Par ailleurs, je suis capable de m’attendrir sur un agneau nouveau né dans un pré gallois, mais également de me régaler d’une côtelette au pub du village d’à côté le soir-même. Je ne suis par ailleurs pas fan des associations de protection des animaux qui établissent de fait une hiérarchie dans les animaux à protéger : ce qui est mignon a plus de valeur que ce qui ne l’est pas ou ne se voit pas. Exemple : interdire toute chasse au phoque au Canada, sans aucune considération pour la disparition de la morue de l’Atlantique, risquant ainsi de créer/entretenir des déséquilibres importants et dramatiques dans certains écosystèmes (et je ne dis pas là pour autant qu’il faut trucider des blanchons à tout va, hein). Je préfère nettement les associations de défense de l’environnement, dans son ensemble, qui jouent beaucoup moins sur le sentimentalisme et beaucoup plus sur la raison et l’étude des équilibres globaux.

Par ailleurs, je dois avouer avoir martyrisé, lors de mes jeunes années, un certain nombre d’insectes (ces bêtises m’ont passé depuis) mais je n’ai pas souvenir d’avoir jamais tué d’autres bestioles jusqu’à maintenant.

Les possums ne sont pas des oppossums : en bon français, ce sont des phalangers ou oppossums d’Australie. Ils ont été introduits en Nouvelle-Zélande pour l’exploitation de leur fourrure et ce fut une catastrophe. Ils bouffent tout et n’ont aucun prédateur. Vous verrez des photos et plus de détail là-dessus sur la page du DOC qui leur est consacrée. Inutile de dire que tout est bon pour s’en débarrasser : piégeage, chasse et empoisonnement.

Cette mise au point étant faite, venons-en à mon histoire :
Comment j’ai tué mon premier possum

Alors que nous finissions de dîner, à Tieke, sur la Whanganui Journey, voici que, dans le noir, quelques éclats de voix nous parviennent à droite à gauche au milieu des tentes. Finalement, nous comprenons : il y a, à quelques mètres de nous, un possum qui profite de la tombée du jour pour s’inviter à la fête et chercher à bouffer. Quelques personnes essaient vaguement de le faire fuir, d’autres préfèrent ne pas trop s’approcher. Devant tout ce remue-ménage absolument inefficace, Beth finit par dire, un peu excédée : « Please, could someone kill it ? ». Ayant ainsi la caution néo-zélandaise, je me saisis d’une boîte de thon non ouverte parmi nos provisions et je la lance sur la bestiole. Par un miracle inespéré, j’entends un chtonk sourd : je l’ai touché ! Le possum est un peu sonné mais en parfait état pour reculer un peu. Croyant à ma bonne chance, je récupère ma boîte de thon (cabossée) et me mets en tête de retenter le coup en visant la tête un peu mieux. Après quelques lancés foireux, je finis par perdre ma boîte de thon dans un fourré (je la retrouverai plus tard, à la lueur de la torche). Cependant, ayant commencé le travail, je ne peux pas m’arrêter en cours de route. Du coup, je me lance à la recherche du Hut Ranger afin de lui demander conseil.

Il est sur la terrasse de la Hut, en train de discuter avec des gens. Je lui expose mon problème et lui demande comment tuer un possum. Un peu brièvement, il me dit qu’il suffit de trouver un bâton et de lui taper sur la nuque un bon coup. Hum. D’accord, mais plus concrètement, est-ce qu’il aurait un bâton adapté ? Est-ce que c’est tout ? Même si j’ai le sentiment qu’il ne me prend pas vraiment au sérieux, devant mon insistance, il me trouve un bâton d’environ un mètre de longueur et 8-10cm de diamètre et m’explique qu’il me suffit d’éblouir le possum avec ma lampe et de taper un grand coup sec. Il me signale aussi que je peux même me contenter de chopper le possum par la queue et lui apporter, une fois suspendu comme ça, la bestiole ne devrait pas être capable de faire grand chose. Il ajoute en rigolant que si je réussis mon coup, je n’ai qu’à me présenter à la terrasse avec mon trophée et qu’on me fera la hola.

Je repars donc dans le noir à la recherche de mon possum un peu sonné qui ne doit pas être très loin. Je le trouve en effet rapidement juste derrière la Hut, dans un bel espace dégagé. Je suis les instructions, lui braque la lampe dessus, prends mon gourdin avec l’autre main et paf. Puis paf de nouveau parce que je ne vise pas super bien en fait. Bon, je vous passe les détails macabres de mon inexpérience mais, quand le possum est enfin immobile, je le prends par la queue et me pointe sur la terrasse, plutôt fière de moi. Là, je crois que le Ranger est un peu surpris et j’ai droit à ses félicitations. Et aussi à quelques murmures horrifiés dans l’assistance. D’autant plus que je m’y suis prise comme un pied et que mon trophée remue encore un peu… Pour éviter les commentaires désobligeants de quelques pagayeurs présents, le ranger m’invite à ce qu’on aille un peu en retrait pour épargner les plus sensibles et me montrer comment achever la bête proprement. Nous nous éloignons de quelques pas, derrière des buissons, il me prend la lampe pour me la tenir en me montrant le point exact ou frapper. Cette fois-ci, le « crac » sonore ne laisse aucun doute, les souffrances de la pauvre bête sont bien terminées. Par contre, le crac a été suffisamment fort pour certaines personnes à la terrasse l’entendent et n’apprécient guère. A vrai dire, peu m’importe. Même si je ne suis pas bien fière de mes tâtonnements, je n’ai absolument aucun remord. J’aurai bien gardé la dépouille pour vendre la fourrure mais me trimballer un possum mort en canoé me tente moyen, je laisse donc la gestion du cadavre à mon ranger, vais reposer mon gourdin et m’en vais conter mes aventures à Nico, Jean et Beth que, rappelez-vous, j’avais plantés là à la fin du repas.

Je retrouve Nico près de la tente et fanfaronne un bon coup. Pendant ce temps, Jean et Beth sont en fait en train de faire la vaisselle à la Hut. Le ranger les voyant leur lance « Dites-donc, votre copine, là, elle ne rigole pas ! ». Jean, étant resté à ma première tentative, lui répond que oui, la coup de la boîte de thon, c’était bien joué. Le ranger lui explique, non, non, je suis allée au bout et que, franchement, il a été impressionné et que bien des gens devraient en prendre de la graine. Lorsque Jean me raconte ça : grosse fierté !

Finalement, pendant que j’étais obnubilée par mon possum, il s’avère que d’autres ont envahi les lieux. Lorsqu’on fait attention, on se rend compte qu’il y en a un paquet un peu partout qui rôde dans et autour du campement. Je tente de faire une démonstration/formation à Nico en récupérant mon gourdin mais les nouveaux semblent un peu plus vifs que feu le premier possum. Je ne sais pas si c’est mon lancer de thon qui a fait la différence mais nous n’arrivons pas à en attraper d’autre. Par contre, nous avons droit aux remarques réprobatrices d’une sud américaine fort fâchée que nous puissions songer à tuer de pôv’ petites bêtes à fourrure (j’imagine qu’elle ne fait pas le lien avec la disparition de la faune et la flore locale, ou alors qu’elle s’en fout, ou qu’elle ne veut juste pas savoir).

Après toutes ces émotions, nous finissons par aller nous coucher : demain c’est notre dernier jour à pagayer et il faudra se lever tôt. Avant de partir, j’irai dire au revoir au Hut Ranger et le remercier de sa leçon de vie néozélandaise.

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Pour plus d’information sur les dangers qui guettent la faune et la flore néozélandaise, le site du DOC (en anglais uniquement) propose de nombreuses ressources :
Animal pests : Threats and impacts
Il y a notamment une liste complète des animaux introduits qui représentent un danger et que vous êtes largement invités à éliminer (avec les méthodes possibles d’élimination) :
Animal pests A – Z : Threats and impacts

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